Le faux minimalisme

Il y a aujourd’hui dans la très jeune prose roumaine de grands soucis que personne n’ose signaler. Pire, les critiques se lavent les mains en étiquetant les produits littéraires des auteurs de la Transition comme des œuvres soi-disant ‘’minimalistes’’.

Une analyse sociologique de la Génération de la Transition (la toute première et encore très jeune, celle d’après la Révolution de 1989, et ici je compte tous les gens nés à partir de 1985) serait plus que nécessaire. Des études sérieuses de sociologie postcommuniste manquent encore et de ce fait, il est presque impossible d’avoir à présent un aperçu extérieur complet. Accrochons-nous aux aperçus intérieurs !

Le grand handicap de cette génération (je rajoute, la mienne) est l’enfance prolongée. Les individus qui en font partie ne sont pas seulement les protégés de leurs parents, mais les surprotégés. Ils n’ont pas eu une enfance tranquille, mais l’enfance la plus tranquille depuis des siècles et des siècles. Personne n’a cru plus que nos parents au Changement après l’année 89. Personne n’a jamais eu un sens du sacrifice plus aigu que nos parents. Ils nous ont protégé de tout, y compris de la vie. Les conséquences de cette faute grave et sublime en même temps se reflètent dans les écrits.

Tout est faible. Le récit, les personnages, l’histoire. Le langage. Tout est court, basique et non, ce n’est pas minimaliste, mais modeste. Les personnages sont en carton, des ombres difficiles à dissocier parmi les mots. Les descriptions sont raréfies, et ce n’est pas minimaliste, parce qu’elles laissent un grand trou à la fin et non pas une voie ouverte à l’imagination du lecteur. Toutefois, il y a toujours un peu de hasard et un brin d’extraordinaire. Des personnages communs ? Oui, mais quelque chose d’extraordinaire leur arrivera. Une maladie, les drogues, une affaire obscure avec la mafia locale. Bref, un brin de ce ‘’je sais parfaitement quoi’’ à l’américaine.

Le modèle américain revendiqué est très mal appliqué. Personnellement, j’ai des doutes sérieux concernant l’authenticité de ce modèle dans la littérature roumaine. Je ne crois pas en cette forme romanesque en roumain, je ne crois pas qu’elle peut devenir plus qu’une imitation. Les références culturelles. Oui, américaines. Peu d’écrivains et d’artistes plastiques mais beaucoup de films et beaucoup de musique. La culture populaire américaine. A part cela, rien d’assumé. Le choix, quel qu’il soit, est complètement en dehors. Dans les romans de la nouvelle génération roumaine, il ne s’agit pas d’assumer des choix, mais de survivre. La survie est le but ultime, en dehors de toute vision esthétique, politique ou d’autre nature. L’humanisme et l’idée d’épanouissement sont complètement éjectés.

Vous avez tout gâché ! Vous êtes passé à côté de tout ! Le train de cette génération n’est pas encore parti. Il attend. Il ne partira jamais peut-être. Mais vous êtes tous seuls à pieds, dans la mauvaise direction. Il y a plus que ça à cet endroit. Derrière les bâtiments gris et carrés du Sud, il y a beaucoup plus que ce que vous avez vu ! Il y a des arbres, de la poussière et des chats qui miaulent tout autour. Il y a des sourires et des larmes, il y a des amoureux et des mendiants. Il y a des parcs étouffants et des routes en ligne droite. La plus grande misère et le plus grand bonheur flottent dans l’air. Il y a la Mort qui tourne autour tout comme les rats dans les sous-sols. Il y a le suicide et l’espoir, la drogue, le Mal et l’attente. Il y a la maladie, la pauvreté et le succès. Il y a la Mer et le Delta, les Carpates, la basse montagne et les forêts. Il y a vos parents et votre enfance sereine au pied du grand éléphant blanc. Il y a la politique et l’engagement. Il y a les bêtises, les jeux et les premières amours que vous avez complètement oublié. Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup plus que tout ça. Et plus que tout, il y a la poésie qui vous a échappé. Vous l’avez perdu ou vous ne l’avez jamais connu.

Cette nouvelle orientation est inquiétante. Peut-être est-ce juste une erreur de jeunesse et que le vrai roman de ma génération sera écrit prochainement. Sinon le faux minimalisme est juste le dernier souffle d’une littérature mourante.

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