qui suis-je?

Je suis née le 11 décembre 1988 dans une grande ville du sud-est de la République Socialiste Roumaine. On ne m’a jamais vraiment parlé de cet épisode douloureux de la vie de ma famille. Je ne posais jamais de questions, car les réponses, quand elles arrivaient, étaient toujours d’un grotesque troublant. J’étais venue au monde un jour d’hiver dans la Roumanie communiste, avec des complications pour tout le monde. Apparemment, ils ont trop laissé ma mère attendre et donc j’avais avalé du liquide et je me suis presque étranglée avec le cordon. Pour mes parents, l’évocation de mes premiers jours dans ce monde est synonyme de la catastrophe. ‘’Tu veux savoir comment ça s’est passée ? ‘’ , me menaçait ma mère, désirant plus que tout que j’aie peur de sa voix et que je décline l’offre. ‘’Eh ben, tu avais plein d’aiguilles dans ta tête et tu ne respirais qu’avec la moitié d’un poumon. On a du appeler le prêtre.’’

A 5 ans, ces mots me rongeaient l’imagination, déclenchant des scènes bizarres dans ma tête. Je voyais un salon d’hôpital gris et vide, au milieu duquel on observait une petite bête dans un tube transparent. Dans le couloir, une armée de tantes, grands-parents et qui sait qui en plus en train de souffrir pour de raisons ridicules. Je les voyais, les mêmes têtes que dans les photos, en train d’attendre la grande fin de mon aventure dans ce monde. Par la force des prières et la force du grand amour de mes parents, néanmoins l’équivalent de l’amour de Dieu, j’ai survécu. Je ne sais plus comment, car raconter les bonnes nouvelles et le positif en général n’a jamais fait partie du discours courant de ma famille. L’essentiel c’est que je ne suis pas morte, même si j’ai fait souffrir les gens dès ma naissance. Après tout, j’ai survécu, pour le grand plaisir de tout le monde.

Après les affreux premiers jours et le soulagement oublié et plus jamais évoqué, les soucis ont débordé, plus ridicules que jamais. Avec le même ton de tragédie grecque on m’avait raconté la pénurie de lait et l’incroyable sacrifice de mon père, toujours présent une fois par semaine à la gare pour attendre un certain monsieur, ami de son oncle qui apportait la fameuse poudre Robebi. ‘’Il fallait attendre pendant des heures dans le froid le train qui venait d’une ville lointaine de l’ouest, à la frontière hongroise. On attendait, on payait pour que tu puisses manger. On s’est débrouillé.’’

Se débrouiller. Voila l’idéologie, le lait motif, le trait dominant du peuple que j’ai choisi de quitter à 22 ans. Le bricolage, l’esquive et l’acceptation de toute situation, des valeurs que je n’ai jamais pu comprendre, ni partager. Etrange, lorsque je pense à moi comme au produit dérivé de cette société que je hais tellement. Qui suis-je vraiment ?

Dans une photo, pas signée ni datée, mon père et moi sur un pont mythique aux rebords jaunes. Lui, vêtu d’un polo blanc avec des lunettes de soleil années ’70, une grosse touffe de cheveux bouclés et un sourire éclatant. A coté de lui, la poussette blanche en toile à l’intérieur de laquelle me voila, vêtue de blanc avec une tête ronde de pastèque. C’était de nouveau une de mes fameuses journées-catastrophe, ma première à la plage. Où, évidemment, j’avais fait une insolation, j’avais vomi partout et ils on du tout quitter et courir presque chez le médecin. Il y a des gens qui ont des grands rêves, des courageux qui se lancent comme des fous dans des aventures presque romanesque. La vie est infinie. Pour mes parents, le plus grand défi a été d’élever un seul enfant.

J’ai passé donc mes premières années dans un climat de tension et de grande peur de la mort. La mort était partout, laide et incroyablement douloureuse dans l’imagination de mon peuple. C’était le chagrin ultime qui pouvait frapper à n’importe quel moment. Personne n’a jamais osé m’expliquer la mort dans des termes sains, comme un fait normal. On n’y touchait pas. L’immensité de la vie, toutes les couleurs du monde, l’épanouissement spirituel étaient trop loin. La mort était partout, dans les âmes de tous et le juste milieu n’existait pas. Plus tard, en étudiant pour un examen stupide, j’allais découvrir que même la pauvre langue roumaine a gardé cette façon tranchante de voir les choses. On est aux anges où dans la pire des merdes. Le purgatoire n’existait pas, la limite calme, le coup de souffle, l’arrêt, l’auberge au milieu de nulle part. Tout ce que j’avais cherché pendant mon adolescence n’existait pas dans l’imaginaire de mon peuple. Qui suis-je en fait ?

Anunțuri

Lasă un răspuns

Completează mai jos detaliile tale sau dă clic pe un icon pentru a te autentifica:

Logo WordPress.com

Comentezi folosind contul tău WordPress.com. Dezautentificare / Schimbă )

Poză Twitter

Comentezi folosind contul tău Twitter. Dezautentificare / Schimbă )

Fotografie Facebook

Comentezi folosind contul tău Facebook. Dezautentificare / Schimbă )

Fotografie Google+

Comentezi folosind contul tău Google+. Dezautentificare / Schimbă )

Conectare la %s