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Une hirondelle

Une hirondelle au centre commercial (La fauche) 6

 

Pour qui vit-on, pour qui meurt-on

pour le bonheur du caddie rempli

pour qui boit-on, pour qui garde-t-on le silence

on nous voilà ici pour qui

comme des mouches prêtes

à être aplaties

pour qui?

Pour toi, hirondelle volante

 

À qui la pluie, à qui le vent

pour qui un autre tremblement

pour qui passent les nuages, pour qui tombent les flocons

à quoi toutes les conflagrations?

Pour un oiseau

si petit et malheureux

 

On pourrait rassembler toute notre vie dans un caddie

la mort par dessus légèrement endormies

jusqu’à la caisse

soit on paye

soit la fauche nous encaisse

 

tout aussi belle et vertueuse

 

source: http://mircea-tuglea.blogspot.ro/2014/12/o-randunica-in-mall-coasa-6.html

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Me feat. Marin Sorescu

Lettres de la chambre d ‘à coté

Je ne peux qu ‘écrire sur toi avec ta main.

C’est une façon de te garder devant mes yeux

à l’intérieur du cadre immense de neige semblable à un mur

sur lequel nos pensées d’hiver skient.

Dans la foulée t’as aperçu parmi les dunes un chasseur.

Premièrement son fusil tendu- il était en train de tirer sur un

flocon de neige.

Un éclatement, et l’hiver en elle-même s’est écroulée des cieux

en l’enterrant de neige.

Les arbres, semblait-il, étaient partis eux aussi afin de traquer le Baragan.

(Baragan– région où les tempêtes de neige se rassemblent.

Ceci est la traduction du kiptchak.

Non, je ne suis pas couman mais telle est la traduction de mon ami turc, Youssouf)

Nous voilà donc perdus dans le désert blanc, que tas, en fait, engendré.

T’as tellement voulu qu’il neige, tu savais que le phénomène dépend de

ta concentration… et tu t’est trop concentré !

Maintenant ça ne s’arrête plus.

La rougeur de tes joues teint le paysage. T’as de la fièvre?

Non, mais j’veux colorer le paysage.

Vaut mieux utiliser ton rouge à lèvres.

Toi, t’est faite pour être gardée dans un château pendant un tel hiver,

des cloches rattachées aux flocons.

Que je vienne chez toi dans une luge tirée par les cerfs,

Que je monte dans ton boudoir sur une stalagmite immense,

Monter et descendre car ça glisse,

Essayer à nouveau jusqu’à ce que tu me jettes des éperons

pour que je sculpte le monolithe et pour que je le domine,

afin d’arriver tout en haut, une fleur de glace à la main.

Où est ta fenêtre? Pour que je puisse y planter cette fleur de glace.

Et que t’exclames Ah, j’adore les fleurs de glace ! Où l’as-tu trouvée?

Viens un peu dehors.

Où ça, dehors à nouveau? Dans la neige? Dans le train à nouveau, aux wagons mal chauffés?

Moi, je suis un homme d’intérieur.

Je ne suis qu’âme et l’âme est conçu de cette façon.

Je suis un homme de boudoir, de paresse parmi les coussins,

parmi les livres, parmi les rouges à lèvres…

tout ce qui peut dégager de la chaleur humaine et de l’intimité.

Mets-moi assis à une table dans un resto avec une dizaine de gars autour qui me regardent,

et je resterai pétrifié.

Je n’ai rien à te dire, c’est comme si on ne se connaissait plus

Tu anticipes le début de ma nervosité grâce au tremblement des doigts

grâce aux spasmes des coins des yeux.

Et je te dis Allons-y !

?

Dans le château. J’en connaît un, mais on n’y arrive que par une luge tirée par les cerfs.

On est toujours dans le train? Eh ben oui.

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Lucian Blaga (1895-1961) – Souvenir

Où est-tu aujourd’hui, je ne sais pas.
Les vautours passaient à travers Dieu au dessus de nous.
Je glisse dans le souvenir, cela fait si longtemps.
Sur les cimes anciennes où le soleil émerge de la terre,
tes regards étaient bleus et extrêmement hauts.
Un murmure légendaire s’élevait entre les sapins.
Le saint lac de montagne était un œil éveillé.
En moi on parle encore aujourd’hui de toi.
Des eaux mortes ruissellent de mes cils.
Je devrais faucher l’herbe,
je devrais faucher l’herbe là où tu es passée.
La fauche de la négation sur mon épaule,
dans mon dernier malheur je m’enflamme.