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Une hirondelle

Une hirondelle au centre commercial (La fauche) 6

 

Pour qui vit-on, pour qui meurt-on

pour le bonheur du caddie rempli

pour qui boit-on, pour qui garde-t-on le silence

on nous voilà ici pour qui

comme des mouches prêtes

à être aplaties

pour qui?

Pour toi, hirondelle volante

 

À qui la pluie, à qui le vent

pour qui un autre tremblement

pour qui passent les nuages, pour qui tombent les flocons

à quoi toutes les conflagrations?

Pour un oiseau

si petit et malheureux

 

On pourrait rassembler toute notre vie dans un caddie

la mort par dessus légèrement endormies

jusqu’à la caisse

soit on paye

soit la fauche nous encaisse

 

tout aussi belle et vertueuse

 

source: http://mircea-tuglea.blogspot.ro/2014/12/o-randunica-in-mall-coasa-6.html

Reclame
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Lucian Blaga (1895-1961) – Souvenir

Où est-tu aujourd’hui, je ne sais pas.
Les vautours passaient à travers Dieu au dessus de nous.
Je glisse dans le souvenir, cela fait si longtemps.
Sur les cimes anciennes où le soleil émerge de la terre,
tes regards étaient bleus et extrêmement hauts.
Un murmure légendaire s’élevait entre les sapins.
Le saint lac de montagne était un œil éveillé.
En moi on parle encore aujourd’hui de toi.
Des eaux mortes ruissellent de mes cils.
Je devrais faucher l’herbe,
je devrais faucher l’herbe là où tu es passée.
La fauche de la négation sur mon épaule,
dans mon dernier malheur je m’enflamme.

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La Nostalgie et les traductions

L’espace est le paradis, le temps est l’enfer. Or, chose étrange, tout comme dans l’emblème de la bipolarité, il y a de la lumière au centre de l’ombre, et la graine de l’ombre réside dans la lumière. Car, autrement, que serait la mémoire, cette fontaine empoisonnée au coeur de l’esprit, du paradis? Avec sa margelle de marbre poli, avec son eau clapotante, verte comme le fiel, avec le dragon aux ailes de vampire qui veille sur elle? Et que serait l’amour, l’eau limpide et fraîche des profondeurs de l’enfer sexuel, la perle grise du coquillage de feu et de cris déchiants? La mémoire, ce temps d’un royaume hors du temps. L’amour, cet espace d’un domaine hors de l’espace. Les graines opposées et pourtant si semblables de notre existence , qui se réunissent au-dessus de la grande symétrie et qui l’annulent, en un seul grand sentiment: la nostalgie.
Mircea Cărtărescu, Orbitor, ed. Denoël, 1999.

Într-o traducere superbă de Alain Paruit. Cu un titlu incomplet. În care nimeni n-a precizat că e vorba de primul volum dintr-o trilogie.
Alte bizarerii: Wikipedia.fr zice că volumul al doilea, „Orbitor: Corpul”, a fost tradus prin “L’oeil en feu” şi volumul al treilea prin “L’Aile tatouée”. Fascinant, n’est-ce pas? Cu ocazia asta au ras ideea de trilogie şi simbolistica titlurilor. Aplauze, vă rog!